Petite volcanologie de nos colères quotidiennes

Je vous propose d’explorer comment accueillir les messages désagréables qu’on peut recevoir . Et comme un volcanologue, repérer les signes avant l’éruption.

Il y a des jours où vous rêveriez d’envoyer valser votre ordinateur par la fenêtre. Ou de dire franchement à votre collègue qu’il vous tape sur les nerfs. Mais vous ne le faites pas. Vous serrez les dents, vous rangez votre colère dans un tiroir, et vous continuez à travailler.

Parfois c’est la colère des autres qui semble déborder : un mot de trop, un mail en majuscules, un silence appuyé.

Et si nos colères n’étaient pas des tempêtes à craindre, mais des sols fertiles à explorer ?

Plutôt que de la classer au rayon des “émotiJe vous propose d’explorer comment accueillir les messages désagréables qu’on peut recevoir . Et comme un volcanologue, repérer les signes avant l’éruption.

Il y a des jours où vous rêveriez d’envoyer valser votre ordinateur par la fenêtre. Ou de dire franchement à votre collègue qu’il vous tape sur les nerfs. Mais vous ne le faites pas. Vous serrez les dents, vous rangez votre colère dans un tiroir, et vous continuez à travailler.

Parfois c’est la colère des autres qui semble déborder : un mot de trop, un mail en majuscules, un silence appuyé.

Et si nos colères n’étaient pas des tempêtes à craindre, mais des sols fertiles à explorer ?

Plutôt que de la classer au rayon des “émotions négatives”, je vous propose une petite écologie de la colère : apprendre à l’observer comme un phénomène vivant, voir de quoi elle se nourrit, ce qu’elle révèle de nous et de nos relations au travail.ons négatives”, je vous propose une petite écologie de la colère : apprendre à l’observer comme un phénomène vivant, voir de quoi elle se nourrit, ce qu’elle révèle de nous et de nos relations au travail.

La colère

1 - La colère, signal sismique

Je me souviens d’un stage en communication non violente où le formateur nous avait demandé de dessiner à quoi ça ressemblait la colère pour nous. Dans le groupe, plus de la moitié des participants avaient fait des volcans. Dont moi.

Je trouve que cette image permet de nous poser la question de la représentation explosive que nous avons de cette émotion, ainsi que du lien étroit que nous faisons entre la colère et la violence.

En tant que manager, formateur, dirigeant, nous avons des responsabilités vis-àvis d’un groupe et en même temps, nous avons aussi des émotions. Si notre volcan devient explosif et que des personnes sont à côté, on pourrait les blesser en projetant un gros rocher et la projection peut aller loin, peut-être que de loin dans l’entreprise on pourra sentir le gaz.

Tout comme il existe plusieurs façons de former, ou manager il existe plein d’autres éruptions plus intérieures, celles-ci vont nous intéresser. Comme les volcans, nous avons des multitudes de nuances dans la façon de vivre nos stimulus extérieurs à l’intérieur. Sans être volcanologue mais parce que je trouve l’analogie puissante en voici quelques-unes :

  1. Éruption endogène : quand le magma reste en profondeur et déforme le volcan sans forcément jaillir à l’extérieur.
  2. Intrusion magmatique : le magma monte mais ne sort pas, il s’infiltre dans les roches.
  3. Cryptodome : une bulle de magma gonfle à l’intérieur, créant une pression interne, sans explosion visible immédiate.

Que vous viviez des colères intérieures ou extérieures. Silencieuses ou bruyantes, vous pouvez porter un jugement positif ou négatif sur vos émotions. Ce qui m’amène à une première conclusion sur ce sujet  :

Notre vision de la colère nous autorise ou non à la reconnaître, l’exprimer, la comprendre… et peu importe comment on la gère, elle est là.

Alors comment faire quand le déclencheur arrive au moment où nous sommes exposés ?

Qui ne s’est pas senti vulnérable dans l’animation d’une conférence, une formation ou encore une réunion ?

2 - Creuser les origines des failles

Il y a quelques années j’ai investi énormément d’énergie dans l’accompagnement d’un stagiaire, il ne comprenait aucune des consignes qu’on lui demandait. Il répondait toujours à côté dans mon cours et ceux des autres. C’était une réflexion de tous les jours que de trouver des façons de l’accompagner.

À la fin de l’année, nous nous retrouvons entre enseignants et jury dans une réunion d’harmonisation après les examens. Le jury raconte que le jour de l’examen, le stagiaire avait oublié tous ses supports visuels obligatoires et qu’ils ne sont donc pas en mesure de l’évaluer pour cette année.

Quand j’entends ces mots, je ressens un fort agacement et je n’ai pas envie de le ressentir. Je suis en dissonance entre ce que je ressens et l’histoire que je me raconte autour.

L’histoire que je me raconte  : “j’ai fourni beaucoup d’effort pour rien, mon temps a été mal investi, il n’a pas fait d’effort de son côté… etc.”

Ces phrases et idées me dérangent car elles viennent rencontrer mon code moral qui me dit  : “C’est normal en tant que formatrice de fournir de l’effort, tu as choisi de fournir cette énergie, tu ne devrais pas être en colère” La colère que je ressens à ce moment-là c’est une accumulation de non-choix que j’ai pu faire avant, motivé par mes croyances de ce que doit être la formation.

Ce n’est pas la phrase que j’entends de la part du jury qui provoque ma colère, ce n’est que l’opercule d’un yaourt bien brassé de besoins insatisfaits, et d’histoires que je me raconte sur ce que doit être la formation, être une bonne formatrice, être un bon stagiaire.

Cela m’évoque une anecdote que racontait ma grand-mère à chaque fois qu’elle cuisinait avec une cocotte-minute  : Quand elle était jeune, une grande tante avait voulu ouvrir une cocotte-minute encore sous pression, - pour les plus jeunes, c’était une des premières cocottes minute, elles n’étaient pas aussi sécurisées qu’aujourd’hui. - Le couvercle a explosé dans toute la cuisine, projetant le contenu brûlant sur les murs et faisant exploser la faïence autour. Ma grand-mère conclut cette histoire par  : “il faut se méfier des cocottes-minute, elles sont dangereuses.” Est-ce vraiment la cocotte qui est dangereuse ? Et pas davantage la pression accumulée ?

3- Le rôle des stimuli :

Quand les petites piqûres s’accumulent Plutôt que de parler des grandes colères spectaculaires celles qu’on associe à la violence, je vous propose de considérer ici, la colère comme un signal qu’il y a de la pression.

C’est le sifflement de la cocotte-minute qui va nous intéresser.

La colère est là pour nous signifier que quelque chose de précieux pour nous n’est pas respecté. Intéressons-nous alors à ces petits moments, ces micro-agacements qui, cumulés, nourrissent la pression.

Dans une équipe ou en formation on peut entendre des phrases, qui vont ajouter de la pression dans votre cocotte-minute. Ces messages qu’on perçoit de façons désagréables et qu’on va appeler des “stimulus”.

  • «Ce n’est pas mon boulot.» «Je n’ai pas le temps pour ça.»
  • “Moi, je ne participe pas, je regarde”
  • “Quel âge vous avez si je peux me permettre?”
  • “Le problème ce sont les jeunes qui ne veulent pas travailler”
  • “On n’est pas à la maternelle là”
  • “On pourrait parler des vrais problèmes plutôt”

Derrière chaque phrase stimulus se cache un message de l’envoyeur. La personne qui prononce la phrase ne parle jamais pleinement de vous, même si elle dit “Vous êtes vraiment nulle” elle raconte toujours quelque chose qu’il se passe chez elle.

Qu’est ce qui motive la phrase ? Quand en début d’une formation à la gestion des conflits un participant me dit  : “écoutez-moi bien ma petite, peut-être que vous vous avez encore l’espoir d’être dans le dialogue avec les autres, mais croyez-moi quand vous aurez de l’expérience comme moi vous saurez que crier le plus fort c’est ce qui marche”.

Les morceaux de la phrase stimulus qui piquent mes oreilles vont être ceux-là : “Écoutez bien ma petite, - blabla - quand vous aurez de l’expérience comme moi - blabla. “

Je peux alors me raconter :

• Qu’on me manque de respect en relation avec mon âge, mon genre

• Qu’on remet en question mes compétences, mon savoir-faire

• Qu’on me diminue ou qu’on juge mes valeurs.

Et tout ça, ça ne parle que de moi. Et si j’allais chez l’autre ?

On peut aussi regarder la phrase comme ça : “blabla - peut-être que vous vous avez encore l’espoir d’être dans le dialogue avec les autres, blabla crier le plus fort c’est ce qui marche”.

Si je soustrais la partie du message qui me concerne alors je peux pleinement m’intéresser à l’autre. Est-ce que le stagiaire a perdu espoir ? Est-ce que son fonctionnement lui convient ? Est-ce qu’il se sent démuni ?

J’ai maintenant deux choix devant moi.

Dans le feu du direct, avec la vulnérabilité du formateur face à un groupe d’individus. Je peux :

1- Apporter de l’écoute à ce stagiaire, essayer de comprendre son message et voir s’il y a derrière, une demande ou un besoin d’écoute.

2- Différer ma réponse, identifier que ce n’est pas le moment pour moi ou pour lui de s’y arrêter. Proposer un autre temps pour creuser le sujet.

L’idée n’est pas non plus d’oublier que ça résonne pour nous, je peux tout à fait dans un autre temps, loin du groupe, regarder en moi  : comment je peux nourrir les parties qui font raisonner fort le message.

  • Est-ce que je ne suis pas sûre de ce contenu  ?
  • Est-ce que j’ai besoin d’être rassurée  ?
  • Est-ce que j’ai besoin de repos ?

Quand le message pique : reformuler pour reconnecter. Un message désagréable peut être un petit chatouillis ou une véritable claque. Sa réception dépend en partie de notre état  : fatigue, confiance, expérience, vulnérabilité du moment.

Et de nos projections sur ce que doit être la relation ou le cadre professionnel. Ma proposition derrière mon cheminement est d’essayer à la fois d’exister avec ses émotions tout en orientant notre attention sur le principe qu’on n’a jamais vraiment compris ce que l’autre nous dit. Et que dans toutes les situations, avant de répondre à ce qui n’appelle pas toujours une réponse. Je voudrais, tant que possible, poser des questions.

Je pense que la réactivité que nous pouvons avoir quand nous avons des rôles et des fonctions liés au groupe au moment où “un message désagréable” est envoyé questionne aussi la représentation que nous avons de notre responsabilité vis-à-vis du groupe.

Et l’écoute est un formidable outil pour distribuer les responsabilités, un espace collectif où les responsabilités sont partagées est l’environnement propice à davantage de coopération. Cela nous permet d’entendre les messages souterrains et nous donne à voir des failles insoupçonnées.

J’aime bien cet exemple, en rentrant de l’école un enfant dit à son père  : «Papa, tous mes copains ont un vélo.»

Qu’est-ce qu’on peut se raconter comme histoire derrière cette phrase ?

On peut se dire “L’enfant veut un vélo comme ses copains” ou “il demande un vélo” ou encore “il est triste de ne pas avoir de vélo” et même “il se plaint de ne pas avoir de vélo”.

Toutes ces phrases sont des interprétations, elles racontent des choses qui n’ont pas été dites. C’est l’histoire qu’on se dit autour du message. Ajoutons à cela une pincée de fatigue, une situation financière tendue et nous pouvons trouver cette réponse par exemple :

“De toute façon tu n’es jamais content de ce que tu as ! Tu as déjà plein de jouets”

Dans cet échange une interaction est manquante, c’est celle qui nous intéresse :

Quel est le message qui est envoyé ?

Et si on offrait la possibilité à la personne qui a envoyé le message, de mieux le présenter ?

  1. On peut reformuler mot pour mot : “Tous tes amis ont un vélo et toi tu n’en as pas, c’est ça ?”
  2. On peut questionner : “Comment est-ce que tu te sens quand tu vois que tes amis ont des vélos ?” On choisit de se tourner vers l’autre.
L’autre ne nous oblige à rien quand il s’exprime, mais pouvons-nous poser le cadre. Avoir une relation de respect et de responsabilité, si nous ne laissons pas l’autre s’exprimer même sur ce que nous n’avons pas envie ou peur d’entendre ?

Je vous propose cet exercice : la prochaine fois que quelqu’un vous dit quelque chose, prenez la phrase et transformez-la en questionnement rhétorique ou en reformulation. Par exemple face à un stagiaire qui dit :

“Je ne vois pas où ça nous mène” Plutôt que réexpliquer l’objectif, le formateur pourrait répondre : “Tu te demandes comment cet exercice va être utile dans ton contexte ?” “Peux-tu me dire là où tu vois des liens et là où tu n’en vois pas ?” Ou toute autre question ou reformulation, qui donnera l’opportunité à la personne de préciser son message, de le présenter sous toutes ses coutures.

En conclusion : Accueillir le message désagréable c’est un peu comme observer un volcan : il y a une pression intérieure qui cherche à sortir. La reformulation n’empêche pas l’éruption, elle offre une sortie maîtrisée. En redonnant des mots, en ouvrant un espace de compréhension, on transforme une décharge brute en libération de pression constructive, utile à la relation et au collectif.

Si vous avez envie de laisser une chaise à la colère dans vos formations pour qu’elle nous dise ce qu’elle remarque, je peux vous partager quelques questions que je me pose quand une phrase me pique et que je suis en position de tenir le cadre :

  • Qu’est-ce que la personne me dit d’elle ?
  • Comment pourrais-je reformuler pour être sûr d’avoir compris ?
  • Suis-je en mesure d’accueillir ça maintenant, ou ai-je besoin d’un temps avant de répondre ?
  • Quelles reformulations ou questions ouvertes pourraient me permettre de rejoindre l’autre dans ce qu’il exprime ?

Et si après l’interaction j’ai besoin d’aller plus loin, je peux aussi me tourner vers moi :

  • Qu’est-ce qui, dans cette situation, est précieux pour moi et n’est pas respecté ?
  • Qu’est-ce que je pourrais faire ou demander pour répondre à mes besoins ?

Merci d'avoir porté de l'attention a une émotion souvent mal aimé et de m'avoir lu ! Cet article a été rédigé pour le MagRh de 2025 spécial learning show, vous pouvez retrouver l'entièreté ici Mag-RH 2025

Je suis Lise Guilbert - Facilitatrice et formatrice , passionnée par l'intelligence relationnelle.

Quel con de bureau êtes vous ? faites le quizz ici ! Et retrouvez au passage nos services autour des interactions difficiles.

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