Qu'est-ce que le photolangage ?
Le photolangage est une méthode qui s'appuie sur des images pour faciliter l'expression et les échanges entre participants autour de sujets qui les concernent.
Concrètement, cela se déroule en trois temps :
1 -La question : on pose une question (l'imagine qui représente votre état d'esprit, votre opinion sur un sujet..)
2- Le choix : Chacun choisit une ou deux images qui illustrent le mieux sa réponse.
3-Le partage : Chaque participant présente son image au groupe et explique son choix.
Selon l'objectif, on peut aussi faire la démarche inverse : demander aux participants de choisir une image qui leur parle sans question préalable (voire piocher une image au hasard), puis confronter cette image à une question.
Pourquoi ça marche
Ce qui fait la force du photolangage, c'est d'offrir un point d'appui qui ne vienne pas uniquement de soi. On sort du classique :
« Comment se passe le projet en ce moment ? » ; « Ça va ! »
pour aller vers :
« Choisissez deux cartes qui représentent votre projet en ce moment. » ; « La première m'évoque les blocages qu'on rencontre avec le client, et sur la seconde, je suis le personnage qui est loin du groupe : j'aurais besoin de retrouver de la motivation. »
Avant de choisir l'outil et d'animer un temps collectif, il est donc essentiel d'identifier clairement l'objectif et les questions que l'on souhaite explorer grâce au photolangage.
Comment choisir ses cartes
On trouve une grande variété de matériels pour animer un atelier de photolangage, allant des photographies imprimées en couleur ou en noir et blanc jusqu'aux jeux de cartes dédiés.
Quelques critères pour bien choisir :
- Le pouvoir évocateur : privilégier des cartes pour leur capacité à évoquer des situations connues ou à présenter des symboles pertinents par rapport à la thématique travaillée.
- L'esthétique et l'univers visuel : le style graphique (illustrations douces, photos réalistes, cartes épurées, univers enfantin ou très ancré dans la nature) crée immédiatement une ambiance. L'univers visuel doit être aligné avec le public et le degré de vulnérabilité recherché.
- Le niveau d'inclusivité et la représentativité : privilégier des cartes neutres ou variées qui permettent à chacun de s'identifier (diversité des personnages, absence de stéréotypes marquants, représentations non-genrées) pour éviter de mettre mal à l'aise un participant.
- L'objectif : privilégier l'abstraction pour des sujets ouverts, larges et d'expression générale ; privilégier le concret pour du feedback, une avancée de projet ou une récolte d'informations précise.
- La taille du groupe et le format des cartes : en grand groupe, des cartes trop petites sont difficiles à voir de loin au centre de la table ou au sol ; en petit groupe ou en binôme, un format plus compact fonctionne très bien et prend moins de place.
- La polyvalence et l'ouverture des interprétations : des images trop explicites ou avec un message unique limitent la projection, alors que des illustrations à double lecture (ex. une personne en haut d'une montagne : accomplissement ou isolement ?) offrent une plus grande richesse d'expression.

Les jeux de cartes dessinées de Margot Husson
On s'envole à Nantes avec les jeux de la facilitatrice graphique Margot Husson, de Hewel. Dans sa collection, on trouve plusieurs jeux de photolanguage dessinés et évocateurs, je vous présente les deux que j'ai toujours dans mon sac au cas ou.
« Le Fil », où l'on suit des personnages aux aventures multiples reflétant leurs états d'esprit, et ce fil jaune qui vous permet d'animer le jeu de différentes façons. On peut construire une histoire, analyser le vécu d'un projet ou d'une période, se situer.
« Le Lien », où l'on part sur un jeu plus collectif, qui permet de mettre en images des récits, collectifs ou individuels, avec les autres.
Dans quels contextes je les utilise ?
Personnellement, je peux les utiliser au début ou à la fin d'un atelier pour demander aux participants dans quel état d'esprit ils se trouvent. À la fin d'une année de cours ou d'un suivi sur plusieurs mois, je peux faire un bilan en demandant aux participants de choisir plusieurs images qui décrivent leur progression, leur vécu d'une période. Pour modérer un temps de feedback collectif, j'utilise « Le Lien » pour faire échanger les participants sur leur perception de la dynamique de groupe et pour qu'ils s'y situent.
https://www.hewel.co/category/all-products
Explorer les Formes et structures vivantes de Julie Boiveau
On part dans le Finistère avec les cartes poétiques de Julie Boiveau. À utiliser avec un public sensible, proche de la nature ou de l'art. Ce magnifique jeu nous offre des espaces d'inspiration : un jeu d'inclusion possible consiste à retrouver dans votre environnement (à l'extérieur c'est mieux, mais ça marche aussi en intérieur) des éléments qui vous rappellent les formes. C'est un jeu d'observation, de création de lien avec son environnement.
Vous pouvez aussi l'utiliser comme inspiration créative, en piochant une carte au hasard et en la confrontant à votre réalité : qu'est-ce que cette carte m'évoque en lien avec mes projets actuels ?
https://visions-du-monde.com/formes-et-structures-vivantes

Poser des Communs Accords de Lucie Debroise Ollivier
Retour en Ille-et-Vilaine avec Lucie Debroise Ollivier, qui nous offre les cartes Communs Accords. Des cartes à utiliser pour définir un cadre collectif de démarrage de séance ou de projet. Quels sont les accords communs, les ingrédients importants pour ce que nous allons vivre ensemble ?
https://enreflexions.fr/produit/jeu-de-cartes-communs-accords/

Poser ses Besoins avec Comitys
Comitys nous offre plusieurs jeux de cartes, notamment les cartes Émotions. De mon côté, j'utilise beaucoup plus les cartes Besoins dans un cadre professionnel, car je considère que ce sont les leviers qui nous permettent de coopérer.
Je pose alors soit des questions introductives en début de séance :
- « Quels sont les besoins présents avec vous à cet instant ? »
- « Comment allez-vous vous engager pour en prendre soin dans la journée ou les prochains jours ? »
Ainsi, je remets les participants en co-responsabilité, et non en consommateurs.
Mais ça peut aussi être, avec une vue plus large, un temps de feedback :
- « Quels sont les besoins pleinement nourris par le projet ou l'équipe actuellement, et comment ? »
- « Quels sont les besoins dont on pourrait prendre soin, et quelle demande à vous-même ou aux autres vous pourriez avoir ? »
https://www.comitys.com/categorie-produit/jeux-de-cartes/
Les cartes photos sur souriez vous jouez
Édité par Souriez Vous Jouez, vous trouverez des kit de photolanguages thématiques à partir de photos, street art, mouvement, sports, visages...
idéal pour un public varié ayant besoin de neutralité dans le support.
https://www.souriezvousjouez.com/collections/jeux-photolangage
Le moodboard de Jeannette Paillette
Tous les lundis, Jeannette Paillette propose sur LinkedIn son moodboard, inspiré de l'actualité ou de la saison : une planche de plusieurs images reflétant différents états d'esprit. C'est idéal pour démarrer une réunion avec un petit temps introductif, pour prendre la température du vécu des participants ou de l'état d'un projet.
https://www.linkedin.com/in/jeannehaltz/
Le blobtree
Cette fois, on sort de France pour partir à la rencontre du Blob Tree, créé par Pip Wilson et Ian Long. Sur leur site, vous retrouverez de nombreux univers peuplés de ces personnages unisexes, sans âge ni identité spécifique (les « Blobs »), mis en scène dans des situations très variées.
Ce que j'aime particulièrement avec cet outil :
- Une neutralité universelle : comme les personnages n'ont pas de genre, de couleur de peau ou de traits distinctifs, l'identification se fait uniquement par le corps, la posture et l'émotion. Personne ne se sent exclu.
- La mise en situation spatiale : l'arbre (ou la scène) permet de travailler la notion de place. Où est-ce que je me situe dans le groupe ? Qui est en train de grimper, de tomber, de tendre la main, de regarder de loin ?
- Une prise de recul déculpabilisante : utiliser ces petits personnages permet d'aborder des sujets délicats (épuisement, isolement, compétition) avec de la légèreté et sans se sentir jugé.
Je l'utilise souvent pour visualiser une dynamique d'équipe, faire un bilan de fin de projet ou simplement mesurer l'énergie collective en demandant : « Quel Blob vous ressemble le plus aujourd'hui et auquel aimeriez-vous ressembler à la fin de la séance ? »
Et pourquoi pas créer le vôtre ?
À la manière de Jeannette Paillette, n'hésitez pas à créer votre moodboard inspiré de votre environnement de travail. Le support n'est qu'un prétexte à l'échange.
N'oubliez pas : dans un temps d'expression, on ne force jamais, on propose et on explique l'intention derrière la contribution. Aussi, ça ne sert pas à grand-chose de demander aux gens quel genre de chocolat ils seraient, juste parce qu'on pense qu'un icebreaker est nécessaire.
Nous allons vivre un atelier, une réunion, un temps collectif ensemble : de quoi avons-nous besoin pour nous mettre en mouvement collectivement ? Un temps d'échange debout, en binôme, pour se mettre en mouvement, en rythme ? Une prise de température émotionnelle avant un temps de partage sensible ou de feedback ? Poser des communs au démarrage d'un projet, pour se rassurer ?
Ce sont ces questions qui vous aideront à choisir le bon outil.
Lise Guilbert - Facilitatrice et formatrice en intelligence collective et émotionnelle.
